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En 1988, le journaliste Duncan Campbell révèla l'existence d'un programme de renseignement, Echelon, dans un article pour The New Statesman qui s'intitulait « Somebody's listening ». En 1996, c'était le journaliste néo-zélandais Nicky Hager qui publiait « Secret power » sur l'implication de son pays dans le programme. En 1999, suite à une demande du Parlement Européen, Duncan Campbell rend un rapport intitulé « Interception Capabilities 2000 » pour le STOA (traduction française disponible sous le titre « surveillance electronique planétaire » aux éditions Allia).

Pour rappel, le projet Echelon désignait un système mondial d'interception des communications privées et publiques (SIGINT) via les satellites, et regroupant les États-Unis (NSA), le Royaume-Uni (GCHQ), le Canada (CSTC), l’Australie (DSD) et la Nouvelle-Zélande (GCSB) dans le cadre du traité UKUSA.

Pour ne pas rester derrière, la France a rapidement mis en route un projet similaire, surnommé « frenchelon » (voir aussi l'article la DGSE en première division).

Besoin d'un petit résumé ? Voici un rappel de J.M. Manach pour sa conférence « Echelon/Frenchelon : mythes et réalités » (avril 2005) :

  • 1976 : Duncan Campbell est arrêté par le contre-espionnage britannique pour avoir publié dans un journal une enquête sur une installation gouvernementale de surveillance électronique. […]
  • 1988 : […] Campbell, […] révèle l'ampleur du programme […] « Echelon ».
  • 1999 : dans un rapport commandé le Parlement européen, et largement médiatisé, Campbell détaille l'histoire, le fonctionnement et l'évolution d'Echelon, et avance qu'en matière d'espionnage industriel, il rapporterait, chaque année, 25 milliards de dollars de contrats aux firmes américaines. Au détriment, essentiellement, de leurs concurrents européens ou japonais.
  • 2004 : après avoir autorisé la télévision à effectuer un reportage sur sa station d'écoute de Domme, l'armée française médiatise le lancement, en décembre, du satellite de renseignement par l'image Helios 2A -qui permet de différencier « un char d'un tracteur »- et des microsatellites Essaim de renseignement électromagnétique, deux des composantes de ce que l'on surnomme « Frenchelon ».

Donc, la surveillance généralisée peut rapporter de l'argent, surtout si on n'est pas trop regardant, comme l'entreprise américaine Bluecoat en Syrie ou l'entreprise Française Amesys en Tunisie ou en Libye (en sachant parfaitement que le référent libyen était Abdallah Al-Senoussi, condamné par contumace en France pour son rôle dans l’attentat du DC10 de 1989 qui avait coûté la vie à 170 personnes).

Nous avons donc la DGSE qui est au cœur d'un programme de surveillance (et il y a sans doute d'autres trucs qui trainent) et, aux États-unis, ils ont PRISM, qui n'est que la partie d'un ensemble beaucoup, beaucoup plus gros

Et, surprise (ou pas), il y aurait eu des écoutes sauvages en France.

En France, ce sont surtout les journalistes Jean-Marc Manach (cf. « Au pays de Candy) et Kitetoa (cf. reflets.info), qui en parlent. En bonus, vous pouvez aussi regarder la conférence de Kitetoa « Daisy's underware » (PSES - 2013) pour comprendre l'immensité du système de surveillance US. Vous pouvez aussi jeter un coup d'oeil à « Traqués » de Paul Moreira.

Je pense qu'après cette petite introduction, tout le monde aura compris que PRISM n'est pas une surprise, et pourquoi la plupart des politiques n'ont rien dit, même si certains (bien trop rares) ont réagi, en particulier au parlement européen (surtout depuis qu'ils ont appris que eux aussi étaient espionnés.

Alors voilà, que pouvons nous en tirer ? Nous ne pouvons pas faire confiance aux gouvernements et encore moins aux entreprises pour assurer notre sécurité et notre vie privée. Nous pouvons, par contre, nous appuyer sur la société civile (comme l'EFF (eff.org) ou La Quadrature du Net), des groupes (comme Telecomix), les lanceurs d'alerte (comme Bradley Manning ou Edward Snowden) et sur des outils qui ne nous trahiront pas, comme les logiciels libres.

« On sait que les services décentralisés, c'est les données qui restent sous contrôle de l'utilisateur. On sait que les logiciels libres, c'est la machine qui reste sous contrôle de l'utilisateur, et non la machine qui contrôle l'utilisateur. On sait que le chiffrement point à point, c'est la sécurité de nos communications qui est sous notre contrôle et pas externalisée » (Jérémie Zimmermann - PSES 2013)

Les outils existent, il y a de plus en plus d' évènements sur la planète pour apprendre à les utiliser. C'est donc possible, c'est même facile de le faire. Mais voilà le plus gros problème : nous avons beau raconter, développer, réexpliquer les problèmes de la surveillance et les risques kafkaiens qui vont avec, l'immense majorité des gens ne bouge pas, soit pour ne pas bousculer des habitudes, soit parce qu' « ils n'ont rien à cacher ».

Albert Einstein le disait déjà très bien : « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. ». Des personnes peuvent vous montrer et vous expliquer comment faire, alors qu'attendez vous ?

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