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Compostelle - Départ - Jour 1 à 3

Départ en covoiturage avec Marie-Catherine, 7h de route devant nous. Le trajet se passe bien, même si, quand on aborde le sujet de la religion on arrive bien trop vite dans l’extrême et dans l’intégrisme, et à une ouverture d’esprit très, très restreinte. Elle est persuadée, par exemple, que la religion catholique est la seule religion possible, que c’est la seule Vérité (oui, avec un V majuscule …), on comprend rapidement à l’entendre pourquoi il y a des guerres de religions. Du coup, histoire de bien commencer le voyage, j’ai pu troller tranquillement (mais j’ai fait soft, il restait encore quelques heures de voitures …).

Note de retour : en deux mois sur un des plus gros chemins de pélerinage au monde (bon, là j'y suis pas encore), je pense que ce sera la seule fois où j'aurais vraiment « trollé » sur la religion.

On arrive au Puy-en-Velay vers 15h, après un arrêt sur une aire d’autoroute dont le plus beau point de vue (en hauteur) est interdit d’accès, stupidité réglementaire. La vue était sympa, le soleil chauffant, et le vent doux, et à voir le sentier, je suis loin d’être le seul à y être allé.

Je trouve mon gîte pour la nuit (Les amis de St-Jacques du Velay - donativo), j’en profite pour déposer mes affaires et aller me balader, je visite la cathédrale et l’aiguille qui est payante (bande de…). Je rencontre quelques pélerins/marcheurs, dont Pascal, qui vient marcher pendant une petite semaine, et un allemand de 71 ans qui fait ses 1000 kilomètres par an et qui a une méthode à lui pour éviter les cloques :

  • pas de douche le matin (ça ramollit la peau),
  • on évite de frotter les pieds quand on les lave (en gros vous les mettez sous l’eau et c’est tout),
  • on évite les pieds dans l’eau quand on marche (ruisseau …),
  • on enlève ses chaussettes pour les faire sécher le plus souvent possible (et ça, c'est une très, très bonne idée !).

De retour vers 20h30, douche, brossage de dents, découpage du savon de Marseille (j’avais un gros bloc) et réflexion sur le thème suivant : « ce sac est vraiment bien, mais bordel, il est mal rangé », réflexion que je me ferais à peu près à chaque fois que j'aurais besoin de prendre quelque chose pendant les semaines suivantes).

A l’heure où j’ai écris ces lignes, il est 21h30, mon voisin de dortoir ronfle depuis 10 minutes, quelques minutes plus tard ce seront les deux personnes en face qui commenceront à râler. Bienvenue sur les Chemins de Compostelle, il fallait prévoir les boules quiès.

Jour 1 (22/09/2012)

Levé 6h15, réveillé depuis un petit moment déjà, excitation du moment, j'attends ça depuis plusieurs mois tout de même, en route pour le petit déjeuner, thé, vache qui rit (ça me rappelle le Hoggar \0/), tartines …

Depart_LePuy

Et voici le départ ! Escalier de la cathédrale, en avant ! Je pars confiant, il suffit de suivre les coquilles sur les trottoirs (il y en aura dans quasiment toutes les villes sur le chemin). J’arrive à me planter au bout de quelques dizaines de mètres en partant à l’opposé.

Note du retour : règle n°1 : tu n'as pas vu le signe du GR au dernier croisement ? Tu as un doute, tu FAIS demi-tour ! Tout de suite ! Hop ! Ne dis rien ! Hop ! Allez ! (tu me remercieras plus tard)

Les 7 premiers kilomètres sont pénibles, la ceinture du sac n’est jamais à la bonne place, ça frotte, ça glisse, comme pour la lanière de la sacoche de l’appareil photo qui est en train de me taper dans les abdos (j'ai la lanière autour du cou), faudra que je règle ça par la suite. J’ai oublié d’aller à la messe (rhooo) et raté la bénédiction (zuuuut !) mais je préférais nettement avoir le lever de soleil pour mon premier jour (bon, qui a dit que je m'en foutais en vrai ? Moi ? Ah peut-être…), qui sera derrière les nuages (le soleil, pas le premier jour). Début de matinée humide avec une bruine que l’on appellerait beau temps en Norman^Bretagne.

Les 7 kilomètres suivants sont dans la même veine, le « deux mois comme ça je vais morfler » revient souvent à l’esprit. Un petit coup de mou arrive assez rapidement, béni soit l’inventeur de la crème de marron en tube et des abricots secs. Je fais la connaissance de Michel lors de la troisième partie, ex-service commercial de l’ambassade, on parle de voyages et cette partie se passe sans trop de problème, même si la pause est bienvenue.

Michel

Note de retour : toi qui vas partir (je te le souhaite), prends ceci en note et grave-le dans ta mémoire : NON, ne fais PAS la course avec les personnes qui sont devant toi, ne tente pas non plus de les rattraper, il y aura toujours des gens devant.

On arrive à Saint Privat vers 14h30, pause (comprendre « un verre au bar du coin »). C'était la pause que j'avais prévu dans mon super planning, mais il est trop tôt, je décide de continuer sur 6/7 km avec Michel. Le trajet se passe bien et l’on croise les coureurs du « Grand Trail de St Jacques » qui viennent en contre sens, on croise les premiers de la plus grande étape (66 km) dans une putaiiiiiiiin de montée (que nous descendons), eux courent, ils ont déjà plus de 40 km dans les pattes.

Note de retour : même si j'ai fait 23x plus de kilomètres que eux, j'ai un seul mot qui me vient à l'esprit quand j'y repense : respect. Et chose qui me fait toujours sourire quand j'y repense, certains des coureurs pensent la même chose pour nous. Comme quoi …

Les « courage » et les « bonne chance » se succèdent rapidement, les « vous êtes bientôt arrivé » aussi, plutôt drôle quand ils répondent ça aussi, « ah non, moi il me reste 1500 km à faire … » (la tête des coureurs est sans prix à ce moment là :p).

La fin de l’étape est dure, ne nous voilons pas la face. Faire 29 km le premier jour avec 10 kg et un sac mal réglé était une connerie. J’ai l’épaule gauche qui a morflé, la peau des hanches douloureuse (frottements de la ceinture du sac), et les articulations bassin/jambes qui rappellent gentiment leurs existences.

Je rigole tout seul à cause des douleurs à l’épaule, ça me rappelle l’escalade et certaines séances de karaté, je sais d’où ça vient, c’est mérité : j'ai forcé. J’ai l’impression d’être un petit vieux quand je marche tellement j’ai mal aux pieds (bon, ok, un petit vieux mort de rire et qui a mal partout ^^').

Je ne savais pas encore comment j’allais finir la journée du deuxième jour (j’espère que vous appréciez le teasing).

Jour 2

Réveil à 6h30, introduction au Voltarène (mon nouvel ami), on commence à partir avec Michel et un autre pèlerin vers le café du coin pour le petit-dej. Manque de pot, il devait ouvrir à 7h, il ouvrira apparemment à 7h45, on sera déjà parti …

Erreur de débutant, j’ai quitté le gîte en me disant que j’allais remplir ma gourde au bar, je n’ai quasiment plus d’eau, je tombe quelques kilomètres sur des chasseurs se préparant à partir (au café ! mauvaises langues !) chez qui je remplis ma gourde (avec de l'eau, suivez un peu).

Michel2

La plupart des bars sont fermés (on est dimanche), sauf à Saugues où l’on s’arrête. J’en profite pour m’acheter une paire de tongs, et je découvre le plaisir de rentrer pieds nus dans un magasin (mes chaussures / semelles / chaussettes sont en train de sécher au bar), je vous conseille d’essayer, c’est toujours drôle de voir la tête du vendeur/vendeuse.

Note de retour : alors oui, ne vous étonnez pas, il y aura souvent des pauses dans les bars (bon, d'accord, la majorité des pauses se fera dans les bars), il faut savoir qu'il y en a en moyenne tout les 10 km entre Le Puy et Compostelle. Et tout les 5/10 km en Espagne, sans compter les restaurants, les épiceries …

On arrive à La Clauze, il est encore trop tôt (en automne, rien ne sert de partir trop tôt …), je décide, une fois de plus, de continuer avec Michel pour le gîte « Le Sauvage ». 10 kilomètres qui vont devenir un véritable cauchemar, aussi bien pour les pieds (qui décident soudainement de partir en vacance avec leurs amis « douleurs » et « bien fait pour ta gueule, espèce de con ») et quelques articulations (épaules, genoux, bassin …).

Je me suis trainé pendant presque 10 km, au sens propre du terme, je pense que j'ai dû être à 45° sur la route pendant un petit moment, avançant à grand coup de bâtons, du hard-rock dans les oreilles, moitié hurlant/moitié mourant/moitié chantant (choisissez en deux).

Note de retour : ça aura été le pire moment du voyage avec le lendemain, j'ai trop forcé et je l'ai senti passer. Je devais avoir envie de voir mes limites, c’est chose faite. Lors de mon arrivée au Sauvage vers 18h30, une femme me demandera en me voyant : « mais vous venez d’où ? Du puy ? » (nan ! j’ai pas fait 60 bornes dans la journée /0/). Je devais vraiment être dans un sale état.

Note de non bas de page que je vous conseille de lire : oui, tout le monde souffre à un moment ou à un autre sur le chemin, c'est normal, mais étrangement peu en parle, on se rappelle surtout des bons moments, et ça passe souvent vite (sauf si vous n'avez vraiment pas de chance). Ça peut aller d'un ongle mal coupé à une cheville foulée, en passant par une crampe, une tendinite, une double tendinite, des piqûres de punaises de lit (des personnes ont dû arrêter à cause de ça), des cloques (j'en aurais pour ainsi dire pas eu \o\ \0/ /o/), etc …).

Jour 3 :

Pas beaucoup dormi cette nuit, à ma gauche, à 2.5m en ligne directe : cette ###### de ##### de borne « issue de secours », et à droite, un orage qui aura duré une bonne partie de la nuit (j'ai d'abord cru que c'était quelqu'un qui jouait avec sa lampe de poche dans la chambre), au milieu : mes voisins de chambres d'un âge avancé (mais vénérable) devant se lever (trop) souvent pour aller aux toilettes (ceci est une NDM (Nuit de…) et non une VDM).

Levé 6h30, petit-déjeuner à 7h, on a 12km pour aller à St Alban sur Limagnole où je pense reprendre mon planning, ce qui voudrait dire 28,5 km demain. Fatigue, froid, 12 km sans pause (je suis con, mais je suis con …), je me décide à aller sonner à la maison du pélerin pour demander un lit, j'ai failli m'endormir au bar (oui, encore un, il faisait froid dehors ^^'). La sieste de l'après-midi fut bénéfique, plus jamais de journée comme ça, ou je risque d'y laisser plus que mes pieds.

J'ai l'impression d'être parti depuis une semaine, ça fait 2 jours…

Je rencontre Antoine dans l'après-midi, une cloque de 2cm sous le pied droit, il développera dans les jours suivants une technique de marche avec une chaussette pliée entre le pied et la sandale, on se démerde comme on peut. On passe la soirée à trois avec Renata, qui fait la route en vélo.

Note du moment : Jean-marc et Françoise sont sympas, vraiment, mais on ne met pas des affiches « ami(e)s pélerins, sache qu'une demi-pension est entre 25 et 40 € sur les chemins de Compostelle » dans un donativo. Ce n'est pas un donativo. Et encore plus quand on encaisse de main à main.

Note sur le vélo : le vélo permet d'aller vite, mais : vous ne pouvez pas passer partout (donc il faut prendre la route), vous ne retrouverez jamais les personnes que vous croisez le soir ou dans la journée (vous êtes beaucoup plus rapide) et vous ne pourrez pas vous arrêter quand vous le voulez (par contre vous pouvez prendre plus de matériel).

Marcheur, méfie-toi de ce que tu demandes au Chemin, tu pourrais l’obtenir.

Compostelle - Départ - Jour 1 à 3
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