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Compostelle - Préparation

Je ne sais pas vraiment quand je me suis décidé à partir pour faire le trajet en une seule fois. Je pense que ça date de début 2012, aux alentours d'avril/mai, ça faisait un petit moment que mon alternance ne se passait pas super bien, que je voulais marcher « vraiment » et que j'avais besoin d'air. À la base, j'avais prévu de partir en août pour faire de la randonnée sur quelques jours, juste de quoi combler une envie de marcher. Je me suis rapidement décidé pour faire un morceau du chemin de Compostelle (aussi appelé « GR65 », ou « Via Podiensis »).

Très rapidement, une idée s'est imposée à moi : je finis mes études mi-septembre, rien de prévu ensuite : j’ai du temps (en fait, surtout : je décide d'en avoir).

Du temps … cette chose si rare de nos jours, pas d’obligations, pas de limites …

Je décide de partir sur le GR65 en poursuivant la route jusqu’à l’Est de l’Espagne. Oui, c’est bien la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle : 732 kilomètres entre le Puy-en-Velay et Saint-Jean Pied-de-port (frontière France - Espagne) et 791 kilomètres entre ce dernier et Santiago (Compostelle, Ouest de l’Espagne, juste au dessus du portugal).

Environ 1600 kilomètres. Deux mois. Je vais avoir de quoi marcher. Vous pouvez voir sur cette image le chemin que j'ai fait, comme beaucoup d'autres, à pieds du puy (« via podiensis ») à St-Jacques-de-Compostelle.

Matériel

Quand je lis un récit de voyage, c'est souvent cette partie là qui m'intéresse le plus, et j'aime avoir les détails, comme le pourquoi du choix.

Au commencement fut la lecture.

Avant n'importe quel achat, renseignez-vous : quand partez vous ? Pour combien de temps ? Avec quel budget ?

Un sac !

Mon départ était prévu pour mi-septembre, et j'ai acheté mon sac dans l'optique d'autres voyages (et d'autres marches, comme le GR20). Si vous partez en été, vous n'avez pas besoin de 60L (mais plutôt de 30/40, voir même moins) ! Le mien était loin d'être rempli à fond et j'avais pourtant quelques trucs en bonus.

  • faites attention au poids du sac à vide, entre un sac qui fait 2kg, 2.5kg ou 3.2kg, il y a une énorme différence que l'on ne voit parfois pas sur le moment.
  • prenez le plus simple possible, et le plus petit possible, plus le sac est grand, et plus on a envie de le remplir (il parait que la Nature a horreur du vide).
  • faites très attention à la manière donc vous rangez votre sac, il faut mettre les choses dont on a besoin le plus souvent (bouffe …) ou le plus rapidement (pharmacie, couverture de survie) près des sorties, et des choses comme le duvet (on ne l'utilise que le soir) au fond.

Après avoir lurké le site et le wiki de randonner-leger.org je décide de lâcher mon sac Décathlon de 80L (mais pourquoi j'avais acheté ça …) pour un Aether 60L de chez Osprey, l’achat fait « mal » (200 €), mais le poids et l’ergonomie ne me le feront pas regretter (enfin j’espère), disons que ça sera mon cadeau pour mes 25 ans (en fait un des (très) nombreux que je vais me faire).

Des chaussures !

Vous pouvez commencer par « choisir ses chaussures » qui devrait déjà vous donner une bonne direction. Ensuite, voici quelques trucs :

  • oui, il est possible de faire le chemin pieds nus, ce n'est pas donné à tout le monde (Alexis, si un jour tu passes dans le coin …) et il faut s'habituer (et donc le faire petit peu par petit peu).
  • il y a de tout : chaussures de randonnées, hautes et basses, chaussures de trail, sandales … mais attention, mieux vaut payer un prix élevé pour de la qualité qui va durer, qui va bien tenir le pied, éviter les cloques et dont les semelles vont tenir va que le contraire.
  • Mes chaussures de marche décident de me lâcher 3 semaines avant le départ (merci de ne pas l’avoir fait plus tard), j’en profite pour « investir » dans des bonnes chaussures (Asolo) et des semelles en Vibram (si vous avez du mal à mettre de l’argent dans des chaussures pour marcher longtemps, ou si vous ne voyez pas l’importance de le faire, lisez ceci. Lors de l'achat des chaussures, demandez vous vous avez besoin de quoi, pour de la randonnée, prenez des chaussures légères !

Faire une liste

Lire la liste, réfléchir, éliminer, puis recommencer. Une fois que vous ne trouvez plus rien à éliminer, faites votre budget des choses à acheter, ça aide à éliminer ;-)

Faisons une liste ! J’écris tout ce que je veux ou ce que j’aimerais prendre, la liste s’allonge, le prix total aussi : première phase d’élimination. La deuxième phase d’élimination consiste à réfléchir un minimum, est ce que c’est vraiment utile de prendre un trépied ? Oui ? Ok, Est ce que c’est vraiment utile de porter un trépied sur 1600 kilomètres ? Oui ? Tu es sûr ? Hop, plus de trépied. Même question pour chaque article, ça vide déjà rapidement, et quelques centaines de grammes, voir kg en moins. Quand j’y repense maintenant (quelques jours avant le départ et environ 2/3 mois après la première liste, je me trouve vraiment con d’avoir seulement pensé à prendre autant de trucs : tente, réchaud, trépied, objectifs …).

Note de retour : je me rassure, même maintenant, je me trouve toujours aussi con. À propos de la tente, je vous conseille d'en prendre une en été, ça évite les départs à 4h du mat' pour espérer trouver une place dans un gîte le soir, en hiver, il y a plein de place, il fait froid, et il pleut et c'est lourd, à vous de choisir.

Avant la dernière phase d’élimination, je m’enfonce dans les entrailles de randonner-leger.org, c’est une véritable mine d’or qui m’aide à remettre en jeu le contenu de mon sac : « est-ce que j’ai vraiment besoin de ça ? ». Duvet ? Oui. Matelas ? Oui et non, je vais dormir en gîte, donc non. Réchaud ? Non plus. Cette « dernière phase d’élimination » va en fait durer jusqu’au départ (3 jours avant le départ, je vois que je peux encore améliorer le chargement).

  • si vous partez en été, un simple sac à viande (drap de sac de couchage) peut suffire.
  • si vous partez en automne/hiver, vous devez prendre un duvet, certains gîtes, surtout en Espagne, n'ont pas de chauffage et/ou de couvertures

Voici la liste (presque) finale :

  • sac (Osprey aether 60), je voulais au départ quelque chose avec des poches un peu partout, finalement j'ai pris au plus simple, c'est plus léger).

  • sac de couchage, un altiplano 10 (comprendre zone de confort à 10°) qui fait 1.3 kg, j'ai prévu de m'en racheter un pour le prochain voyage : 10 °C, c'est trop « light » pour ce genre de voyage … et 1.3 kg, c'est trop lourd pour un 10°C (note du retour : heureusement que l'on a trouvé des couvertures dans certains gîtes !)

  • 1 paire de chaussettes + 2 caleçons (c'est ce que j'avais marqué sur ma liste mais il me semble que je suis parti avec un seul caleçon dans mon sac …) + 1 pantalon (PAS. DE. JEANS ! C'est lourd et c'est très long à sécher) + 1 tshirt + 1 polaire + 1 veste (softshell) + bonnet/gants (il peut faire froid en septembre/novembre…) + bâtons de rando.

    Note de retour : il FAIT froid ! J'ai eu de la neige à Roncevaux le 27 octobre. Et on a eu très froid en Espagne (en novembre).

  • CamelBag 3L (poche à eau, 3L c’est trop, bien trop, mais bon, rien ne m’oblige à la remplir).

    Note de retour : plus jamais de rando sans CamelBag. Plus JAMAIS ! \o/

  • matos de camping/rando (opinel + frontale + serviette microfibre + lunettes de soleil + casquette). L'opinel, c'est un indispensable, la frontale aussi (pour moi), la serviette en microfibre c'est génial (ça séche vite (voir super vite), ça ne prend pas trop de place, et c'est léger (astuce : avant de vous essuyer avec votre magnifique serviette en microfibre, enlevez l'eau qui est sur vous en la raclant avec votre main, pareille pour les cheveux, vous verrez, ça fait des miracles). J'ai renvoyé mes lunettes de soleil au début du voyage, et j'ai échangé ma casquette contre un demi-chèche avant de partir, et je suis très content du choix : un (demi-)chèche est multi-usage, il peut vous protéger de la lumière (sur la tête), de la poussière (en bas du visage), servir d'écharpe, de serviette (testé et approuvé) …

  • Guides (Miam-miam dodo, what else ?).

    Note de retour : aucun regret pour le choix du guide, mais attention, même si le miam-miam dodo est LE must pour avoir les infos sur les différents endroits où dormir/manger sur le chemin (c'est indispensable en basse saison, les 3/4 des gîtes étant fermés), mais si on veut s'écarter du chemin, il n'y a plus rien comme informations (et un peu plus de topo ne ferait pas de mal non plus).*

  • Trousse de toilette/pharmacie minimale (2/3 pansements, antiallergiques, brosse à dent, dentifrice, ciseau à ongle, boules quiès, épingles à nourrice (pour accrocher du linge à sécher sur le sac en marchant), éventuellement de la ficelle et des pinces à linges et un tube (solide !) de voltarène, il va très vite devenir votre meilleur ami …

    Note de retour : bon choix ! Vous trouverez des pharmacies un peu partout et/ou des pélerins (quasiment) toujours prêt à vous aider (Giselle, si tu lis ces lignes, merci encore !). Il faut prendre des ciseaux à ongles, et je vous recommande grandement les boules quiès aussi.

    Astuce : pas besoin de pinces à linge, prenez seulement des épingles à nourrice, vous pouvez ainsi accrocher votre linge à votre sac en marchant pour qu'il séche quand il fait beau (et les pinces à linges partent quand on ne les regarde pas, c'est bien connu).

  • savon de marseille (pouvant faire office de savon/shampoing/lessive/désinfectant),

    Note de retour : mais POURQUOI il y a des gens qui se baladent avec un savon, un shampoing, un après-shampoing, et de la mousse à raser ? Vous … vous … >_< (et OUI, je pense à TOI, toi qui avait aussi un recourbe-cils dans ton sac à dos, mais aussi à TOI, qui avait un séche-cheveux dans ton sac ! Et accessoirement à toi, qui avait un fer-à-lisser ! (et je ne parle pas seulement des filles).

  • Mon appareil photo (Nikon D90), c’est un reflex, donc lourd et encombrant, mais si je ne le prends pas je vais le regretter pendant 2 mois, et me maudire pendant le reste de ma vie.

    Note de retour : bon, j'avoue, je ne le regrette pas, en fait je n'ai jamais regretté de l'avoir pris, même si j'ai mis au minimum une semaine pour trouver le meilleur moyen de le porter en marchant, et si il est parfois resté dans mon sac parce qu'il prenait trop de place.

  • Sa crédential, délivrée par les associations jacquaires, une carte d’identité ou un passeport (ATTENTION : il faut une pièce d'identité pour dormir dans quasiment tout les gîtes en Espagne …), sa carte européenne d’assurance maladie. Bien vérifier que sa carte bancaire est internationale (et ne pas croire votre banque qui vous dit que c'est bon).

  • Toujours, toujours avoir de quoi grignoter sur soi (snickers, fruits secs, …), et de quoi boire ! Je vous conseille la lecture de cette page pour vous faire une idée de quoi emmener (Note : on parle ici de *grosse * randonnée, mais c'est toujours bon à prendre comme connaissances).

    Note de retour : la crise d'hypoglycémie guette, et elle peut jouer de sales tours. Il faut s'arrêter toutes les heures ou toutes les 2 heures pour manger un morceau et reposer les pieds. C'est vital.

Ne vous y trompez pas : préparer son sac n’est pas aussi simple quand on veut voyager léger (un peu de simplicité que diable !). Et encore, quand je vois le sac d’autres personnes, je sais que je peux faire nettement mieux.

Et hop, ça ne manque pas, il suffit de réecrire cette liste et l’éternelle question « ai-je besoin de tout cela ? » revient à la charge.

Budget

Oui, on a besoin d’un budget, mais il peut être ridiculement faible, comme sans fin, tout dépend de la manière de voyager que tu vas choisir, ainsi, certains ont décidé 2 €/ jours pour un tour du monde à pieds, ils sont partis depuis plus de 5 ans avec un budget de base de 7500 €. D’autres choisiront d’aller d’hôtel en hôtel, et de restaurant en restaurant, et le même budget ne tiendra même pas une semaine. J'avais estimé à la louche et à l'aveugle mon budget à 1200 € avant de partir. J'ai dû dépenser dans les 1500/2000 €. Un ami, Alexis, est parti de chez lui (de la Creuse) avec quelque chose comme 450 €, il aura fait les derniers jours sans argent en comptant sur la générosité des gens, en utilisant le couch-surfing pour dormir, etc …

Note de retour : J'ai rencontré un couple peu avant Conques, ils en avaient pour 1200 € pour une semaine (hôtel, transport des bagages …). Chacun a sa zone de confort.

À propos de ça, je vous conseille de lire « la bible du grand voyageur », même si le titre est ronflant, c'est aussi une petite mine d'or avec de très bonnes informations à prendre.

Quelques questions que j'ai eu 

Non, je ne suis pas croyant / pratiquant / whatever, j'avais juste besoin de marcher, et c'était vraiment un bon choix.

On se décide à partir quand on arrive à saturation d’entendre « oh tiens, je ferais bien ça » ou « un jour j’irais là … un jour », et tu sais pertinemment que la personne ne le fera jamais. Si tu as un rêve, pourquoi ne pas le faire ? Le premier pas est énorme, mais c’est juste une question de volonté : « est ce que je préfère rester chez moi à rien faire devant mon pc ou la télé ou est ce que je vais enfin combler cette envie que j’ai depuis […] ? ».

Et, surtout, tu pars parce que tu en as envie et que c'est le moment pour le faire.Rien n’est pire que de se dire que l’on aurait pu faire d’autres choses au lieu de rester chez soi à glander.

Pour l’annonce, j’ai la chance d’avoir une famille qui aim^adore voyager, donc ça passe (très) bien, et ma relation avec ma copine de l'époque me laissait toute liberté pour ça, mais là, encore une fois, tout va dépendre de chacun. Si la seule raison pour laquelle tu ne pars pas est ta/ton cop(a)in(e), dis-toi qu’il/elle devrait survivre à ton absence (enfin j'espère pour vous deux), et que si ce n’est pas le cas c’est qu’il y a un gros problème (où que c'est justement le moment de partir).

Concernant la musique, j’en prends, j’ai eu la chance de (re)trouver un baladeur MP3 chez un pote deux semaines avant de partir. Le choix est important : bien entendu la capacité, mais aussi l’autonomie (et donc la fréquence possible des rechargements, il faut y penser pour tout le matériel électronique, comme l’appareil photo, et donc ne pas oublier les chargeurs), mais aussi la connectique : il faut éviter le plus possible les connectiques proprio pour ne pas avoir 3 ou 4 câbles/chargeurs différents dans le sac (et donc du poids en plus et de la place en moins).

Note de retour : sans musique, je ne sais pas si j'aurais survécu … bon d'accord, j'en rajoute peut-être un peu, mais le deuxième jour est gravé en moi ^^', je garde 2 choses dans tout les cas : la BO d'Into the wild, d'Eddie Vedder, et un dossier de rock/hard-rock/métal pour avancer quand il y a besoin et un peu de classique ou de musique calme pour la sieste. Et cette chanson pour se réveiller et se mettre de bonne humeur le matin. Cette playlist ne peut être complète sans « mes souliers » de Félix Leclerc, merci aux québecois Anthony et Martin de me l'avoir fait (re)découvrir.

  • Le choix des livres est aussi important (mais rien n’oblige à en prendre), je voulais partir à la base avec une méthode assimil d’espagnol, mais c’est (horriblement) lourd, j’ai opté ensuite pour un livre de Mike Horn, et heureusement que je ne l’ai pas fait (fini en une soirée). A. Poussin et S. Tesson (On a roulé sur la terre) emmènent des recueils de poèmes en voyage car ça peut être lu et relu, sans fin (Sylvain Tesson dira pour d’autres voyages qu’il arrache les pages de ses livres au fur et à mesure de sa lecture pour gagner du poids et allumer les feux…). J’ai fait rapidement une croix sur les romans, je vais plutôt viser les œuvres où je peux apprendre quelque chose (et qui peuvent être relu), à 3 jours du départ, je ne sais toujours pas ce que je prends à part le guide.

Si vous aimez les récits de voyage ou que vous cherchez quelque chose à lire, jetez donc un coup d'oeil ici ;-)

Note du retour : un an après, je ne peux vous conseille que de prendre une liseuse, c'est léger, pratique, vous pouvez avoir plusieurs diza^centaine de livres avec vous (attention il faut quand même la recharger de temps en temps).

  • Je voulais prendre des balles de jonglages histoire de travailler (enfin) mon 5 balles, mais pareil, c’est du poids en plus, on verra sur la route comment à se passe.

Note de retour : j'en acheterai 5 petites à Pampelune (Espagne), avec l'intention d'avoir mon 5 balles en arrivant à destination, ce qui ne sera absolument pas le cas.

  • Même si il ne faut pas se charger inutilement, je vous conseille de prendre du thé en vrac avec vous (si vous aimez le thé, bien entendu), ça aura toujours du succès le soir ou aux pauses, et c'est pratique pour faire des rencontres (oui, bon, j'avoue, j'ai eu 4*100gr de thé pendant un moment en Espagne, mais les soirées étaient sympas ^^).

  • Je ne compte pas me couper du monde à proprement parler, sinon je ne choisirais pas cette route, mais oui, je pars aussi pour être « au calme » et réfléchir, et c’est justement pour ça que je pars sans connexion internet et sans téléphone portable (ça va être drôle).

    Note de retour : il y a trop d'ordis sur la route, vous pouvez en trouver dans quasiment tout les gîtes/refuges sur le chemin …, mais sinon, pas de portable, c'est royal :3

J’espère que j’ai répondu à tes questions, et si vous en avez d’autres, n’hésitez pas.

Compostelle - Préparation
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